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École Mathias Grünewald — pédagogie steiner-waldorf Les Temps modernes 11e classe · Histoire
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Chapitre 2 · Document — extrait littéraire

Magellan découvre le détroit

Stefan Zweig, Magellan — extrait

Octobre 1520. Après des mois d'attente sur une côte déserte, la flotte de Magellan est à deux jours du passage qu'elle cherche depuis un an — et personne à bord ne le sait.

L'équipage n'arrête pas de soupirer, partons, rentrons chez nous. Repartir, continuer, Magellan soupire, et de part et d'autre l'impatience ne fait que croître avec l'allongement des jours. Dès que les tempêtes hivernales se calment, Magellan tente une autre avancée. Dirigée par le capitaine Serrão, elle envoie en exploration — comme la colombe de Noé — la plus agile, la plus rapide de ses navires, la petite Santiago. Celle-ci devra avancer vers le sud, explorer les baies et revenir, après un certain temps, en apportant sa propre relation.

Peu après l'échéance du délai fixé, Magellan scrute impatiemment et inquiet la mer. Mais au lieu des eaux, le message vient de la terre : un jour, ils voient descendre de la colline deux figures étranges, chancelantes et bancales, qu'ils prennent d'abord pour des Patagons qu'ils s'apprêtent à recevoir à coups d'arbalète. Mais ces fantômes humains, nus, à moitié morts de froid et de faim, émaciés et sauvages, crient des mots espagnols : ce sont deux marins de la Santiago. Ils apportent de mauvaises nouvelles. Serrão avait heureusement atteint une rivière avec une embouchure confortable et abondamment poissonneuse, le Rio de Santa Cruz ; mais au cours de la reconnaissance ultérieure, une tempête avait jeté le navire sur la côte en l'envoyant en mille morceaux.

Ces jours ont dû être les plus sombres de la vie de Magellan, peut-être les seuls où lui, l'homme d'une foi inébranlable, a senti son courage s'affaiblir. Pour la première fois, Magellan reste ouvert à la possibilité d'une retraite, admettant pour la première fois devant ses officiers que le passage qu'ils recherchent pourrait ne pas exister ou se trouver dans les eaux arctiques.

Rarement l'histoire a inventé une situation plus ironique et perfide que celle de Magellan, quand, après deux jours de navigation, il s'arrête à nouveau à l'embouchure du Rio de Santa Cruz, découvert par Serrão, et ordonne encore une période de repos de deux mois. Aujourd'hui, après coup et avec nos meilleures connaissances géographiques, nous nous rendons compte de toute l'absurdité de cette décision. Voici un homme qui, poussé par une grande idée et induit en erreur par une information vague et inexacte, s'est donné comme objectif de sa vie le passage de l'océan Atlantique au Pacifique et, avec cela, d'être le premier à faire le tour de la Terre. Sa volonté démoniaque lui a permis de surmonter la résistance de la matière (…). Et ce 26 août 1520, lorsque Magellan ordonna à son équipage de s'arrêter encore deux mois, il était déjà arrivé à destination. Seulement deux degrés de latitude, seulement deux jours de navigation après trois cents de voyage, seulement quelques milles, après mille et mille déjà parcourus, suffiraient pour que son âme abattue éclate en un cri de joie. Mais — ironie et méchanceté du sort — le malheureux ne sait pas et ne comprend même pas à quel point il est proche du but.

Le 18 octobre 1520, après deux mois de repos vide et superflu, Magellan donne l'ordre de poursuivre le voyage. Le troisième jour, le 21 octobre 1520, enfin un promontoire entouré de falaises blanches se dresse face à une côte curieusement découpée, et derrière ce promontoire, appelé par Magellan « Cabo de las Vírgenes » en l'honneur des saintes du jour, une baie profonde aux eaux noires s'ouvre. Les navires approchent. Quel paysage étrange, puissant et austère ! De douces collines en surplomb, aux lignes irrégulières et découpées, et au loin — un spectacle qu'on n'avait pas vu depuis des années — de hauts sommets blancs et enneigés. C'est effrayant, cette étendue ! Pas un être humain tout autour, à peine quelques arbres ou quelques buissons ; seul le sifflement constant et le hurlement du vent brise le silence rigide de cette baie déserte et désolée.

Deux navires restent derrière, le navire amiral et le Victoria, pour étudier la baie extérieure. Les deux autres, la San Antonio et la Concepción, reçoivent l'ordre d'avancer le plus possible, mais de revenir au plus tard dans les cinq jours. Un jour passe et aucun signal n'arrive. Un deuxième jour, et les navires ne sont pas revenus. Un troisième jour, un quatrième, et ils ne se voient pas. Magellan sait parfaitement que si ces deux navires sont perdus, et avec eux leur équipage, alors tout est perdu.

Enfin un signal. Une voile ! Un bateau ! Un bateau ! Dieu soit loué — au moins un navire est sauvé ! Non, les deux navires, tous les deux ! La San Antonio et la Concepción reviennent saines et sauves. Mais que se passe-t-il ? Dès que les vétérans aperçoivent Magellan et sa flotte, quelque chose clignote à bâbord, une, deux, trois fois, et l'écho du tonnerre du canon rebondit des montagnes. Pourquoi — Magellan n'ose-t-il presque pas croire ses yeux — tous les drapeaux, tous les fanions sont-ils hissés ? De loin, ils ne comprennent pas encore les mots confus. Mais tout le monde l'entend, et Magellan avant les autres : c'est la voix du triomphe !

Ce doit être un spectacle étrange, fantomatique, celui qui s'offre à la vue des marins lorsque, pour la première fois, les quatre premiers navires de l'humanité glissent doucement et sans bruit dans la voie tacite et sombre que jamais un être humain n'avait parcourue. Un immense silence les attend. (…) Aucun être humain ne rôde dans cette lande, et pourtant des hommes doivent vivre cachés, parce que la nuit brillent des feux vacillants ; et c'est pourquoi Magellan l'appellera Terre de Feu.

La voie d'eau ouverte ne ressemble en rien à ce vaste canal imaginaire que les bons cosmographes allemands avaient tracé dans leurs confortables studios. Définir le détroit de Magellan comme une voie n'est qu'un euphémisme simplificateur. En réalité, c'est un croisement ininterrompu, un labyrinthe tortueux, un enchevêtrement de criques, de baies, de fjords, de bancs de sable et de couloirs sinueux, que les navires peuvent traverser sans dommages seulement avec une grande habileté. C'est seulement à partir des nombreuses descriptions des navigateurs qui l'ont traversé que l'on comprend pourquoi le détroit de Magellan a été pendant des siècles la terreur de tous les marins.

Stefan Zweig, Magellan (1938) — extrait
Pistes de lecture
  • Relevez tout ce qui, dans le texte, relève de l'incertitude : que sait réellement Magellan de l'endroit où il se trouve ?
  • Zweig écrit que Magellan était « déjà arrivé à destination » sans le savoir. Quel effet cette ironie produit-elle sur le lecteur ?
  • Comment le paysage est-il décrit ? Quel vocabulaire l'auteur emploie-t-il pour rendre l'inconnu ?
  • Comparez cette navigation à ce qu'en dit la fiche de cours : qu'apporte le récit littéraire que le manuel ne dit pas ?