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École Mathias Grünewald — pédagogie steiner-waldorf Les Temps modernes 11e classe · Histoire
Sommaire
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Chapitres
1. La périodisation 2. Les Grandes Découvertes 3. Les Conquistadors 4. La controverse 5. L'Humanisme 6. La réforme protestante · à venir 7. Les guerres de religion · à venir 8. Les Lumières · à venir 9. Les révolutions anglaises · à venir 10. La révolution américaine · à venir
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Chapitre 5 · Fiche de cours

Renaissance : humanisme, courants artistiques et réformes religieuses

Le nouveau visage de l'Europe

À propos de cette fiche

Cette fiche dépasse le seul chapitre de l'Humanisme : ses parties III à VI ouvrent sur les thèmes des chapitres suivants — la réforme protestante, les révolutions anglaises, la révolution américaine et les Lumières.

I. L'Humanisme, un renouveau intellectuel

La fuite des savants de Constantinople, qui tombe aux mains des Turcs en 1453, amène de nombreux documents de l'Antiquité en Europe. L'on se passionne alors pour les sciences de cette période, tout en rejetant un Moyen Âge perçu comme une parenthèse obscurantiste — cultivant l'ignorance — centrée sur une autorité dogmatique.

À l'inverse, les nouveaux penseurs de la Renaissance cherchent à replacer l'Homme au centre, dans son individualité et sa liberté personnelle : un Homme maître de son destin, utilisant sa raison propre pour observer le monde de façon empirique, le tout dans un esprit universaliste.

Les intellectuels humanistes explorent souvent de multiples domaines à la fois — c'est l'éclectisme — et, par l'intérêt qu'ils portent aux enseignements grecs et romains, ils amènent du progrès dans des disciplines telles que l'anatomie (dissections) et l'astronomie (héliocentrisme).

Page de titre de l'ordonnance de Villers-Cotterêts
L'ordonnance de Villers-Cotterêts, 1539.

C'est une période où sont à la fois mises à l'honneur les langues anciennes — grec, latin, hébreu — étudiées et appréciées car elles sont de précieuses sources de savoir, mais aussi les langues vernaculaires (ou « parlées ») que l'on utilise. Ces dernières sont mises en valeur, prenant ainsi progressivement le statut de « langue de culture ».

→ Par exemple, François Ier (règne de 1515 à 1547) rend le français langue officielle et obligatoire de l'administration avec l'ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539.

Portrait de Johannes Gutenberg
Johannes Gutenberg, gravure sur acier du XIXe siècle.

L'invention capitale de l'imprimerie, dès 1450 par Johannes Gutenberg, contribue bien sûr énormément à la diffusion de la connaissance et nourrit cet esprit humaniste à travers toute l'Europe.

Des savants comme Érasme parcourent le continent et constituent des réseaux par-delà les frontières, grâce à des liens maintenus par correspondance ou à travers les campus universitaires. On appelle alors même cette association de penseurs « la République des lettres ».

Parmi les auteurs clés qui illustrent cet esprit humaniste, on peut citer Michel de Montaigne, qui défend avec ouverture d'esprit les peuples aborigènes du Brésil, ou encore François Rabelais, avec ses fameux personnages de Gargantua ou Pantagruel, ce dernier devant apprendre à devenir l'Homme idéal nouveau que conçoivent les humanistes. À son tour, Jean Pic de la Mirandole, dans son œuvre Discours sur la dignité de l'homme (1486), affirme le caractère libre et autonome comme spécifique à l'être humain, qui peut choisir en conscience ce qu'il veut devenir, en évoluant et se perfectionnant.

En parallèle, les arts et les artistes de cette époque vont faire vivre l'époque de la Renaissance.

Les textes de ce chapitre

Érasme · Rabelais · Pic de la Mirandole · Leonardo da Vinci

II. Arts et artistes à la Renaissance

De la même façon que l'Humanisme pour le savoir et les sciences, les arts et les artistes de la Renaissance s'inspirent beaucoup de l'Antiquité. La volonté de représenter le réel avec fidélité, et l'Homme lui-même comme sujet de l'art, amène plus de portraits, de statues détaillées aux proportions les plus exactes possibles — comme l'impressionnant David de Michel-Ange, qui, grâce à des outils plus avancés, donne un rendu d'une précision exceptionnelle — ou encore des dessins aux proportions « mathématiques », comme l'Homme de Vitruve de Léonard de Vinci.

Souvent, ces artistes ont plusieurs talents ou domaines de compétences, eux aussi dans le bain du courant humaniste. Ainsi, Michel-Ange ou de Vinci n'hésitent pas à assister eux-mêmes à des dissections et à étudier l'anatomie pour compléter leurs savoirs.

La peinture

En peinture, cette volonté se traduit par le développement poussé de la perspective ; globalement, les rendus gagnent beaucoup en nuance, profondeur et réalisme grâce à l'introduction de la peinture à l'huile, évolution technique qui a de nombreux avantages. Ces progrès sont visibles notamment dans les œuvres de l'école flamande de peinture, comme La Vierge au chancelier Rolin de Jan Van Eyck (déjà en 1435), qui remplace la tempera (jaune d'œuf). C'est également du côté des Flandres que naît le genre artistique de la nature morte — représentation d'objets inanimés.

Les fresques, souvent très religieuses au Moyen Âge, avec leurs fonds dorés pour symboliser la lumière divine, laissent place à des œuvres de nature plus diverse, aux arrière-plans plus fournis et détaillés.

Un nouveau statut pour l'artiste

C'est aussi l'apparition d'un statut d'artiste différent et à part entière. Ils ne sont plus de simples travailleurs manuels à qui l'on vient ponctuellement commander des œuvres, mais de véritables créateurs qui signent leurs réalisations.

Le développement du mécénat y est pour quelque chose : cette pratique permet aux artistes d'être protégés par de riches ou puissantes personnes, et à l'abri du besoin financier, en échange de contribuer à l'image et à la gloire de leurs « bienfaiteurs ». Par exemple, le pape Jules II commande à Michel-Ange la réalisation titanesque de la fresque du plafond de la chapelle Sixtine ; on peut aussi citer la célèbre famille des Médicis, qui finance beaucoup de réalisations à Florence.

Même dans le domaine de la musique, l'écriture devient plus polyphonique — en rupture avec le chant grégorien — et plus profane également.

III. Les réformes religieuses et leurs conséquences

Le Moyen Âge est marqué par une Église catholique très présente, où, dans l'imaginaire du fidèle chrétien, il est important d'effectuer de « bonnes œuvres » (bonnes actions) pour accéder au salut — vie éternelle et paradis après la mort. Il est également courant de faire pénitence pour se faire pardonner ses péchés, à travers d'abord la confession à un prêtre. Ces pénitences peuvent prendre la forme d'un pèlerinage (voyage vers un lieu saint), d'un jeûne prolongé, ou d'une mortification du corps, comme la flagellation.

Une des pratiques existantes et fortement critiquées par certains religieux réformateurs est celle des « indulgences », qui permet de se voir réduire sa peine, jusque dans l'au-delà (au purgatoire), en échange de dons adressés à l'Église.

Les réformateurs comme un certain Martin Luther sont aussi pris d'un esprit humaniste, en ce qu'ils cherchent la religion chrétienne authentique dans les textes anciens. Pour eux, le catholicisme s'est éloigné des fondamentaux et certaines pratiques sont douteuses.

Luther publie et affiche donc 95 thèses critiques à Wittenberg en 1517. Cela lui vaut l'excommunication et marque le début du protestantisme.

Cette nouvelle vision religieuse contraste en divers points avec l'Église catholique : rapport à l'autorité, sacrements, et bien d'autres.

Le courant se répand à travers l'Europe et l'Église catholique répond par une contre-réforme, qui réaffirme ses positions après la tenue d'un long concile à Trente (1545-1563), et entame une chasse aux « hérétiques », parfois violente, avec l'Inquisition. Avec cette reconquête catholique se multiplient les organisations comme la « Compagnie de Jésus », qui cherche à reconvertir les chrétiens réformés. C'est également l'avènement de l'art baroque, qui se développe autour.

Les tensions restent élevées entre les deux communautés religieuses, aboutissant même à des guerres de religion en France.

IV. Le modèle britannique et ses influences

A) Les révolutions anglaises

Le Parlement anglais a depuis longtemps bien plus de pouvoir et de prérogatives — compétences exclusives — que ses équivalents français, qui ne font qu'enregistrer les lois. Par exemple, le roi anglais ne peut lever certains impôts sans l'accord du Parlement depuis la « Magna Carta » (Grande Charte de 1215) ; il est aussi partiellement élu, pour la Chambre des communes, au suffrage censitaire.

Cependant, le roi Charles Ier (1625-1649) remet en cause son pouvoir, emprisonne ses figures importantes, ne le réunit plus ni ne le consulte. Cela débouche sur une guerre civile sanglante entre 1642 et 1649, qui mobilise un quart de la population masculine totale et fait 200 000 victimes. Le camp du Parlement et l'armée menée par Oliver Cromwell capturent le roi Charles Ier, qui est décapité devant Westminster.

Par la suite, c'est ce même Oliver Cromwell qui prend les commandes entre 1649 et 1658 ; il impose un régime autoritaire et austère qui néglige également le Parlement, qu'il finit même par dissoudre. L'antipathie des Anglais est telle pour cette prétendue république nommée « Protectorate » que les parlementaires préfèrent rétablir la monarchie en plaçant le fils du décapité, Charles II, sur le trône en 1660.

Après un temps d'accalmie et de coopération, celui-ci, prenant Louis XIV pour modèle, reprend une tendance centralisatrice et « absolutiste » en abusant de son pouvoir face au Parlement, qui réagit en publiant « l'Habeas Corpus » en 1679, visant à protéger les libertés individuelles contre les éventuelles tyrannies royales.

« Aucun homme libre ne doit être arrêté ni emprisonné, ni dépouillé de ses biens ou de ses libertés ou de ses droits coutumiers ; ni mis hors la loi, ni exilé, ni de quelque autre manière détruit, et nous n'agirons pas contre lui ni le condamnerons sinon par le jugement légal de ses pairs ou selon la loi du pays. »

Après le passage du pouvoir au frère de ce roi (Jacques II), encore plus impopulaire et tout autant autoritaire, le Parlement fait appel à Guillaume III d'Orange — mari de la fille du roi Charles II, Marie Stuart — qui marche sur Londres et fait fuir Jacques II en le remplaçant : c'est la « Révolution glorieuse ».

Le nouveau couple royal accepte cependant comme condition le texte très important du « Bill of Rights », qui vient limiter durablement les pouvoirs du roi par rapport au Parlement, marquant ainsi le passage à une monarchie parlementaire, cent ans avant la Révolution française, en 1689.

Ce système affirme la séparation des pouvoirs et place de fait le Parlement et son système bicaméral — Chambre des lords et Chambre des communes, cette dernière élue — au-dessus du roi en termes de pouvoir. Des auteurs anglais comme John Locke valident ce système, selon l'idée que l'État ne peut avoir pour but que de protéger la propriété, ainsi que les droits et libertés « naturels et inaliénables » de tous les hommes. Et c'est en conscience et par choix qu'ils remettent l'autorité à des institutions : souveraineté des citoyens et élections.

Ce modèle anglais réformé est appliqué dans les treize colonies américaines, qui disposent de leurs propres assemblées représentatives ; il pose paradoxalement les bases d'une révolte contre la domination anglaise.

B) La Révolution américaine et ses oubliés

1. Chemin vers l'indépendance et nouveau régime

C'est d'abord la soumission économique qui pousse les colons à se révolter et à se séparer de l'autorité britannique, qui impose un monopole commercial et une augmentation des taxes en 1763 — politique mercantiliste et protectionniste. Les colons ne se sentent pas représentés par le Parlement à Londres ; s'ensuit la doctrine « No taxation without representation », et les mesures sont rejetées.

S'ensuit un bras de fer avec des tensions croissantes, et des actions comme la fameuse « Boston Tea Party » en 1773, qui déclenchent une réponse ferme du côté anglais, désignée comme « Intolerable Acts » par les colons — futurs Américains.

Les représentants des treize colonies se rassemblent pour le premier congrès continental en 1774, où ils décident de la rupture définitive avec la Grande-Bretagne, puis prennent les armes. La guerre éclate en avril 1775 et c'est George Washington qui est nommé à la tête de l'armée de libération ; le conflit s'achève officiellement en 1783.

Le 4 juillet 1776, c'est la fameuse déclaration d'indépendance, qui affirme notamment les « droits naturels à la vie, la liberté et à la recherche du bonheur », fidèlement aux idées de Locke. Elle est rédigée par les « pères fondateurs », principalement Thomas Jefferson — futur troisième président — ou encore Benjamin Franklin, qui joue un rôle important en parvenant à convaincre la France d'aider les insurgés américains.

En effet, sortant d'une défaite coûteuse contre le rival britannique, Louis XVI saisit l'opportunité stratégique et fournit aux ennemis de ses ennemis de grandes ressources financières, de même que des munitions, des armes, quelque 8 000 soldats et une flotte décisive, qui scelle la défaite anglaise à Yorktown en 1781. L'indépendance des États-Unis est reconnue et signée dans le traité de Paris, le 3 septembre 1783.

Les États ne sont cependant pas d'accord sur l'organisation politique qu'ils doivent adopter : entre une entité supérieure qui les unit et les chapeaute, ou à l'inverse une autonomie quasi complète conservée au niveau de chaque État — fédéralistes contre anti-fédéralistes. Il en résulte la Constitution de 1787, compromis entre les deux : une autorité supérieure avec un président, compétent pour l'armée, le commerce international et la diplomatie principalement, et le reste aux mains des États et de leurs assemblées pour réguler la loi.

Le rôle du premier président George Washington pour former cette unité et cette cohérence entre les treize États est très important. Le « Bill of Rights » et ses dix amendements — garantissant des libertés comme celles de religion, d'expression, de presse et de réunion, ainsi que le droit à un procès équitable — est ajouté à cette constitution en 1791. Elle est la plus ancienne constitution écrite encore en activité, et a inspiré de nombreuses démocraties pour la rédaction de la leur.

2. Les laissés-pour-compte de la révolution américaine

  • Les femmes. Malgré leur participation à la révolution — par des boycotts, l'espionnage et parfois même par les armes — elles ne se voient pas attribuer les droits civiques, comme celui de vote ; et bien qu'elles disposent théoriquement des droits et libertés de la Constitution, elles sont souvent juridiquement dépendantes de leurs maris. Leur accès à la propriété, à certains métiers, voire parfois à l'éducation en général, est limité.
  • Les esclaves africains. Les quelque 575 000 esclaves africains sont également mis sur la touche. Bien que certains aient été affranchis pendant la guerre et que certains États bannissent la pratique progressivement, notamment dans le nord, les États du Sud cherchent à maintenir ce système d'esclavage pour leurs besoins économiques — grandes plantations, etc. Les prémices de la guerre de Sécession sont déjà là. Dans tous les cas, la ségrégation et les tensions raciales durent encore longtemps.
  • Les Amérindiens. Ils sont aussi exclus de ces droits et libertés ; après l'alliance de certains d'entre eux avec le Royaume britannique qui les protégeait, ils sont considérés comme ennemis et non citoyens. Ils connaissent ensuite expulsions et massacres lors de la conquête de l'Ouest américain, qui débute dès l'indépendance.

Plus généralement, ce sont les idées d'égalité qui sont à la peine, et certaines révoltes éclatent à cause de la pauvreté et des difficiles conditions de vie, comparées au train de vie de certains — l'exemple de Shays. Cette problématique existe encore dans le pays aujourd'hui.

C) L'influence britannique et américaine

Alors que le reste de l'Europe se débat dans l'absolutisme, la monarchie parlementaire anglaise apporte un vent nouveau qui provoque l'admiration de Voltaire et Montesquieu, entre autres. Le premier découvre toute une culture qui respecte les libertés individuelles, ainsi que les cafés et clubs dans lesquels on échange sur les idées. Adepte de la satire, il en profite pour louer ce système et critiquer indirectement la monarchie française, alors qu'il a déjà effectué un séjour à la Bastille. Il se fait l'ambassadeur de tous les avancements anglais auprès de ses compères philosophes en France.

Montesquieu, lui, développe sa théorie de la séparation des pouvoirs, également inspiré par son voyage en Angleterre. Il démontre que la liberté ne peut être garantie que lorsque les pouvoirs ne sont pas réunis dans les mains d'une seule personne ou institution. Il s'agit là encore d'une critique de l'absolutisme et de l'Ancien Régime, qui pave la voie à la Révolution française.

L'anglomanie est réelle en France : la culture politique mais aussi scientifique est louée. Ainsi Denis Diderot, qui travaille beaucoup à partir d'écrits anglais, se lance dans la rédaction ambitieuse de l'Encyclopédie (de 1751 à 1765), qui cherche à rassembler et diffuser toutes les connaissances humaines.

La révolution américaine a aussi un impact direct en France : Benjamin Franklin est très proche des cercles intellectuels français alors qu'il est diplomate. Des peintres comme Jean-Honoré Fragonard montrent le « docteur Franklin » en symbole de la liberté triomphante ; des auteurs comme Guillaume-Thomas Raynal se sentent inspirés, plus confiants et plus forts à travers l'exemple des Américains qui ont « brisé leurs chaînes ».

V. Le siècle des Lumières et le développement scientifique

A) Un esprit rationnel et scientifique tourné vers le progrès

L'esprit des Lumières est habité par une philosophie qui s'appuie sur les sciences et la rationalité — la « Raison » chère à René Descartes — pour apprécier le monde en général et avancer vers le progrès.

Les disciplines scientifiques progressent elles-mêmes et prennent la forme qu'on connaît aujourd'hui, avec chacune leur champ d'étude, et non plus simplement trivium et quadrivium comme auparavant. Ces sciences acquièrent également un langage propre basé sur la logique et les mathématiques, reposant donc sur des mesures précises mais surtout, globalement, sur l'expérience et l'observation. La méthode scientifique est rigoureuse, et ses conclusions doivent être basées sur des preuves tangibles, en partant des faits observés — méthode inductive de Francis Bacon.

Ces progrès sont rendus possibles par de nouveaux instruments de mesure et d'observation : télescope, microscope, pompe à air, baromètre, thermomètre ou encore pascaline. De grands savants comme Galilée et Newton apportent des découvertes majeures — loi de la gravitation universelle, composition de la lumière — ou encore Lavoisier, qui fonde la chimie moderne.

Les observatoires et laboratoires se multiplient, de même que les cabinets de curiosités, témoignant à la fois de la fascination pour le monde et de la volonté de le déchiffrer et le comprendre. Dans la prolongation de l'Humanisme et de l'art de la Renaissance, le réel et les richesses naturelles deviennent un objet d'étude, en plus d'être de l'art à admirer. C'est pourquoi des naturalistes comme Buffon et Linné font tout un travail de répertorisation et d'étude du monde biologique.

B) Des savoirs actualisés qui provoquent parfois controverses et oppositions

La philosophie des Lumières n'est pas seulement une méthode scientifique, mais aussi un état d'esprit basé sur le doute raisonnable, ainsi qu'une pensée libre et donc critique.

Certaines découvertes déclenchent des réactions conservatrices, comme la théorie astronomique de l'héliocentrisme, d'abord par Copernic, puis réactualisée par Galilée. Les écrits de ce dernier sont censurés rapidement, puis il se voit condamné par l'Église en 1633 à l'assignation à résidence, à vie.

Cependant, à travers l'observation et cette méthode, les trouvailles d'Isaac Newton sur la gravitation universelle confirment ensuite et expliquent cette thèse. En parallèle, le docteur William Harvey comprend la circulation sanguine dans le corps.

C) Les moyens de diffusion de la pensée des Lumières

Outre les universités, toujours présentes mais parfois basées sur des savoirs anciens, ce sont surtout les académies qui sont les centres les plus actifs de découvertes et d'innovations scientifiques. Ces centres se multiplient après la Royal Society de Londres (1662), puis l'Académie des sciences de Paris, impulsée par Colbert en 1666. Elles organisent des concours avec prix pour motiver les recherches, un peu à l'image du prix Nobel d'aujourd'hui.

Les États et royautés de l'époque s'approprient ces académies et s'y intéressent, dont ils encouragent le développement. Cela sert non seulement leur prestige personnel — à l'image des mécènes de la Renaissance — mais aussi la puissance de leur royaume.

De nombreux autres lieux contribuent à la diffusion des idées des Lumières : les clubs, les salons mondains, souvent tenus par des femmes de la haute société. Celles-ci contribuent en effet également au développement des idées et des sciences par ce biais, avec par exemple Émilie du Châtelet, qui joue un rôle important dans la transmission de l'œuvre de Newton, ou encore Marie-Marguerite Bihéron, dont les travaux et cours sur l'anatomie ainsi que les modèles de cire sont mondialement reconnus.

La « République des lettres » de la Renaissance et ses intenses échanges épistolaires sont toujours d'actualité, même si l'on parle désormais plutôt de « République des sciences ».

Pour finir, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert est la plus belle illustration de la philosophie des Lumières, à travers la volonté de répertorier et transmettre les savoirs humains pour qu'ils servent au plus grand nombre. Malgré tout, sa portée est limitée par l'illettrisme et ne peut toucher l'entièreté de la population — contrairement aux démonstrations ou expériences publiques de l'abbé Nollet, par exemple, qui attise cette curiosité et cette passion pour les sciences autour de lui. Cette science devient spectaculaire et visible, à l'image de la foule venant assister à un décollage de montgolfière.

D) Une société transformée en profondeur

L'économie est un secteur qui profite de la science, tout d'abord grâce à des inventions et innovations, comme la machine à vapeur et ses usages — par exemple la pompe de Newcomen, utilisée dans les mines. C'est aussi à cette époque que se démocratise la pratique des brevets, qui récompense les trouvailles et pousse à encore plus d'innovation. L'industrie textile en profite également, puis les moyens de locomotion bien plus tard.

C'est aussi la naissance de l'agronomie, ou l'agriculture pensée de façon rationnelle et scientifique, avec le progrès technique qui l'accompagne : outils, sélection des bêtes, traitement des maladies, etc. Toujours en lien avec l'agriculture viennent les physiocrates, qui apportent leur vision d'une économie certes basée sur l'agriculture, mais aussi sur des idées libérales précurseures du « laisser faire, laisser passer ». Ces idées sont en rupture avec le contrôle des corporations, avec les méthodes de production de l'époque et avec les droits de douane. Ces logiques sont ensuite reprises et développées par Adam Smith, père du capitalisme libéral moderne.

Restent les transformations politiques, dont on a déjà vu les retombées avec l'influence anglo-saxonne : on rejette l'idée du roi comme maître de ses sujets et soumis à aucune autre autorité que celle de Dieu, ainsi que la concentration en ses mains de trop de pouvoirs. La religion, héritée de cet ordre ancien, n'est pas remise en question en soi — beaucoup de scientifiques, comme Blaise Pascal, voire des révolutionnaires ensuite, sont croyants — mais l'intolérance et le principe d'une religion d'État imposée (« Cujus regio, ejus religio ») sont rejetés. Donc, si l'athéisme est loin d'être courant, les valeurs de la société elles-mêmes et la morale cherchent aussi d'autres bases et sources que la religion.

La pensée des Lumières inonde donc toute la société et enclenche des métamorphoses profondes dans les esprits ; elle vient nourrir un mécontentement grandissant face à un ordre social et politique de plus en plus dépassé et contesté.

VI. Tensions et mutations dans la société d'ordres

A) Un Ancien Régime très hiérarchisé et profondément inégalitaire

Encore au XVIIIe siècle, la société est régie par un système « d'ordres », hérité du Moyen Âge. Elle est composée de la Noblesse, du Clergé et du Tiers état. Ce dernier compose plus de 95 % de la population, et est pourtant hiérarchiquement inférieur aux deux autres, qui disposent de privilèges.

Noblesse et Clergé sont exemptés de certains impôts comme la taille, tandis que les paysans se retrouvent soumis à de nombreux niveaux de taxes : la dîme pour le clergé, mais aussi le cens pour le seigneur (droits seigneuriaux), d'autres taxes royales comme la capitation, sans compter les taxes indirectes comme celle sur le sel — la gabelle. Ces taxes se sont multipliées pour financer les nombreuses guerres des rois absolutistes.

Au sein même de ces trois ordres, les hiérarchies sont également présentes : noblesse d'épée contre noblesse de robe, haut et bas clergé ; et la catégorie du Tiers état regroupe des éléments très hétérogènes — aussi bien les pauvres paysans non-propriétaires que les riches marchands des villes, en passant par les artisans et les paysans plus aisés.